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Energie : L’électricité pas (trop) cher en France, un patrimoine en péril ?

C’est une fierté française : l’électricité n’est pas chère. Ou plutôt n’était ? Le pays s’apprête à vivre sa troisième hausse des prix en 12 mois. Mais si, malgré cela, on restait des champions européens ?



« Douce France, le pays de mon enfance », ses villages millénaires, ses clochers, ses vastes prairies où les vaches broutent en regardant passer les trains… et son parc nucléaire. Pendant longtemps, l’électricité pas cher a fait partie de notre image d’Epinal, au même titre que le camembert qui pue et le pain qui croustille. « La moitié de la part énergie de votre facture concerne le nucléaire régulé, l’ARENH, à 42 euros/MWh, là où les prix de gros annuels français calendaires sont plutôt autour de 90 euros/MWh aujourd’hui », rappelle d’emblée Nicolas Golberg, associé Energie chez Colombus Consulting. Un avantage qui a permis de mettre pendant des décennies le reste des pays européens dans le rétroviseur.


Mais voilà ce patrimoine menacé, avec la troisième hausse de facture prévue en un an : + 15 % en février 2023, + 10 % en août, et quasiment le même tarif (9,8 %) à partir du 1er février qui vient. Au total, plus de 40 % en deux ans.


La France toujours parmi les pays les moins chers, mais…


Nicolas Golberg constate les dégâts : « La France est en train de perdre son avantage sur l’électricité par rapport à ses voisins. Aujourd’hui, nous sommes certes dans le peloton de queue niveau prix, mais l’écart se resserre. » Pour illustrer le propos, voici, au 1er février 2024, les prix moyens de l’électricité pour les particuliers chez nos voisins


  • 17 centimes le kWh en Espagne

  • 28.3 centimes le kWh en Italie

  • 30 centimes le kWh en France

  • 35 centimes le kWh aux Pays-Bas

  • 35.2 centimes le kWh en Belgique

  • 38.1 centimes le kWh en Allemagne

  • 42.1 centimes le kWh au Royaume-Uni

Alors oui, on fait encore partie des plus bas (cocorico), mais à l’exception du Royaume-Uni - qui subit l’une des pires crises économiques de sa royale histoire depuis deux ans - et de l’Allemagne, on ne met plus 4-0 aux autres comme avant. Pire encore, l’Italie nous devance. Quant aux Espagnols, c’est une fessée. « Petit à petit, la France arrive dans la moyenne européenne », soupire Raphaël Boroumand, docteur en économie et professeur à la Paris Business School.


Triste pour notre présent ou heureux de notre passé ?


De quoi poser une question quasi philosophique : faut-il être triste de rentrer dans le rang, ou heureux d’en avoir été éloigné pendant si longtemps ? Raphaël Boroumand rappelle que le concept de classement reste, par essence (ou plutôt par électricité), fluctuant. Or, tous les autres pays - Espagne et Italie comprises - ont connu des pics de prix durant les deux dernières années, en raison de l’emballement du marché avec la guerre en Ukraine. La France, elle, en a été épargnée, grâce notamment au bouclier tarifaire. « La courbe française a été beaucoup plus stable ces derniers mois, et les Français n’ont pas subi les hausses des prix du gros européen », rappelle Raphaêl Boroumand.


Mais toutes les bonnes choses ont une fin, même l’aide publique. Le bouclier tarifaire disparaît par touche progressive depuis l’année dernière, lui qui avait fait baisser la taxe sur l’électricité (TICFE) de 32 euros le MWh à 1 euro en 2022 et 2023. Cette taxe remontera, en février, à 21 euros. Elle devrait même à nouveau atteindre ses 32 euros « d’origine » en 2025, renseigne Patrice Geoffon, professeur au Laboratoire d’Economie de Paris-Dauphine. Simple retour à la normale donc ? Nicolas Golberg n’est pas fan : « Remettre cette taxe est un pur choix du gouvernement pour engendrer de nouvelles recettes fiscales alors que les marchés de l’électricité se calment » (ce qui explique d’ailleurs la fin des coups de chauffe dans les autres pays européens. « C’est une occasion ratée d’avoir une accalmie sur ces hausses de prix de l’électricité en France », estime l’associé énergie.


Un patrimoine sauvegardé ?


Patrice Geoffron se montre, lui, plus clément : « La France est dans une phase longue qui implique de réinvestir dans le système électrique, à la fois pour maintenir les moyens de production actuelle, développer les renouvelables et le futur nucléaire et adapter les réseaux. » Une sorte de loto du patrimoine, d’autant plus important que la capacité électrique du pays va devoir augmenter dans le futur : « pour accueillir les véhicules électriques, développer les pompes à chaleur, les électrolyseurs pour produire de l’hydrogène… », liste le professeur d’économie.


Bonne nouvelle, la France devrait donc garder son patrimoine électrique. Soit, de manière moins métaphorique, sa compétitivité, poursuit Patrice Geoffron : « Si le parc électro-nucléaire est bien maintenu, la France est en mesure d’offrir une électricité stable - à la différence des pays où l’électricité est renouvelable, et d’ores et déjà très peu carbonée, ce qui est un avantage par rapport à la plupart de nos voisins européens. »


Soulagé, donc ? Du moins jusqu’en 2026. L’Arenh et son ultra-compétitivité prend fin en décembre 2025, comme il était prévu dans la loi NOME qui l’avait initié en 2011. Les prix de l’électricité risque alors d’être beaucoup plus irréguliers, « pour le meilleur et pour le pire », avertit Nicolas Golberg. Patrimoine officiellement menacé.


Source: 20minutes

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