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« J’avais interdiction de me présenter à mon poste et dans mon école », confie une étudiante chinoise privée de papiers

Depuis la dématérialisation des procédures de renouvellement de titre de séjour, de nombreux étudiants étrangers doivent faire face à des difficultés administratives



« Je ne suis pas une réfugiée illégale, je veux juste étudier tranquillement. » Xuesheng*, 24 ans, est arrivée de Chine en septembre 2022 en France pour intégrer une école de commerce et de management à Grenoble, en Isère. Après un an de master, elle a voulu poursuivre son cursus en alternance.


« Il a donc fallu que je fasse une demande de renouvellement de titre de séjour, poursuit l’étudiante. Il faut envoyer tous les documents deux mois avant la fin du visa. Mais c’était impossible de rassembler tout ce qu’il fallait à temps. Et je ne voulais pas déposer un dossier incomplet car il pourrait être rejeté. Alors, j’ai envoyé les papiers en retard et j'ai eu une attestation de prolongation de l'instruction de la demande de carte de séjour. Et c'est là où toutes les galères ont commencé... »


La préfecture de l’Isère précise effectivement que « la complétude des dossiers dès le dépôt est le point essentiel des procédures afin de pouvoir immédiatement engager le travail d’instruction » car « 70 % des dossiers présentés sont encore incomplets ».


« Interdiction de sortir de la France, au risque de ne plus pouvoir revenir »


Avec cette attestation valable trois mois, Xuesheng a pu commencer ses missions dans l’entreprise qui l’emploie, à Paris, tout en suivant sa formation à Grenoble. « Puis, le jour où est arrivée la fin de mon visa, dans la seconde, j’ai tout perdu », raconte-t-elle. Son contrat d’alternante a été suspendu. Ses aides sociales aussi. « J’avais interdiction de me présenter à mon poste et dans mon école, poursuit-elle. Mais aussi interdiction de sortir de la France, au risque de ne plus pouvoir revenir. »


« C’est juste un papier pour la préfecture, alors que pour nous, étudiants internationaux, c’est notre vie », ajoute-t-elle. Cette étudiante chinoise insiste sur « le stress permanent » que l’administration française lui fait subir et le temps que ça lui prend. « Ça a une incidence énorme sur ma santé mentale, lance-t-elle. Je dois gérer mes études, mes responsabilités professionnelles et en plus, tout ce processus, dans une langue qui n’est pas ma langue maternelle. J'ai l'impression que personne ne se rend compte de l'investissement que demande des études en France pour des étrangers. » Pour elle, ce système d’instructions des titres ont évolué, mis en place depuis 2021, n’est pas adapté aux « êtres humains » derrière les demandes de visas.


Des dizaines d’étudiants concernés


Et Xuesheng n’est pas la seule dans ce cas. « Depuis la généralisation des dossiers dématérialisés, il y a des dizaines et des dizaines d’étudiants dans la même situation chaque année, confirme l’avocate Delphine Combes. Et on ne parle que de ceux qui décident de faire appel à des avocats, ne sachant plus quoi faire. »


Face à cette procédure, le seul moyen d’action est alors de faire des référés libertés. « Les textes de loi n’ont pas évolué en même temps que les procédures donc il a forcément des dysfonctionnements administratifs, explique Me Delphine Combes. Ça ne fonctionne pas à chaque fois mais c’est le seul moyen de permettre une régularisation. » Elle rappelle que, du côté de l’administration, c’est simplement « une actualisation » d’un dossier. « Il n’y a aucun enjeu sur le droit de rester sur le sol français, appuie-t-elle. Le problème, c’est cette situation d’attente, où ils n’ont plus rien. »


Source: 20minutes



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