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Le procureur de Limoges en audience disciplinaire pour des propos sexistes et des regards déplacés

Le procureur de la République de Limoges va-t-il le rester ? Baptiste Porcher risque la mutation, et même le retrait de ses fonctions, pour avoir tenu des propos déplacés envers des femmes travaillant au tribunal. Il a comparu mardi devant le Conseil supérieur de la magistrature.


Le procureur de la République de Limoges était convoqué ce mardi devant le Conseil supérieur de la magistrature, l'instance disciplinaire de la profession, pour "des manquements à la délicatesse et à la dignité du magistrat ". En cause, des blagues grivoises et des regards déplacés de Baptiste Porcher, dénoncés par des femmes travaillant au tribunal. Le ministère de la Justice a demandé la mutation du magistrat.


Cette audience intervient après une enquête du CSM, qui a permis de recueillir les témoignages de plusieurs femmes, magistrates ou auxiliaires de justice. Souvent très jeunes, elles font état de propos misogynes tenus par Baptiste Porcher, depuis sa prise de poste à Limoges, il y a quatre ans, et même précédemment au tribunal de Laon. Elles évoquent aussi des remarques sur leur physique et des regards appuyés sur leur poitrine ou leurs jambes. L’une d’entre elle, magistrate, est entrée en dépression, une autre, assistante de justice, est partie de la juridiction dégoutée.


"C'était ça tous les jours"

Pour le procureur de Limoges, ces faits relèvent "d'interprétations et d'allégations" de la part de "quelques personnes", alors que d'autres "me décrivent bienveillant, accessible et agréable". Et dans tous les rapports, il apparaît comme un magistrat efficace, qui a remis en marche le parquet de Limoges, en crise avant sa nomination. La procureure générale de Limoges, Anne Kostomaroff, avoue d'ailleurs son désarroi lorsque ces comportements lui ont été signalés. "Je l’ai convoqué, il a reconnu qu’il avait été maladroit, je lui ai délivré un avertissement et renouvelé ma confiance", explique-t-elle.

Baptiste Porcher, 47 ans, reconnaît effectivement le caractère déplacé de certaines de ses blagues. Comme lorsqu'il dit à une collègue sortant satisfaite d'une audience, et qui semble se trémousser : "ma femme fait pareil quand elle a envie de faire l'amour". Une magistrate a expliqué aux enquêteurs que "c'était ça tous les jours", et qu'elle a fini par demander sa mutation en urgence, après une dépression. "Je me suis remis en question, la juridiction tourne très bien", assure le procureur de Limoges lorsque le président du CSM lui demande s'il a toujours l'autorité pour assurer son rôle.


"Ne le sacrifiez pas pour faire un exemple"

Mais pour le représentant du ministre de la Justice, il faut l'éloigner et lui retirer ses fonctions de procureur, car "il n'a plus aucune légitimité : il se comporte comme ceux que l'on juge en minimisant ses actes et en niant la parole des victimes". Les avocats de Baptiste Porcher, eux, appellent le conseil supérieur de la magistrature à la mesure : "ne le sacrifiez pas pour faire un exemple"Un simple avertissement, rien de plus" plaide Maître Morice. Le CSM rendra son avis le 12 mars prochain. C’est ensuite le ministre de la Justice qui prononcera la sanction, généralement conforme à l’avis du Conseil.

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