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Malgré l’explosion de la fusée, le projet de SpaceX a fait « énormément de progrès »

Malgré une séparation réussie, les deux étages de la fusée ont explosé après quelques minutes de vol


Malgré l’explosion de la fusée, le projet de SpaceX a fait « énormément de progrès » avec cet « échec réussi »
Malgré l’explosion de la fusée, le projet de SpaceX a fait « énormément de progrès » avec cet « échec réussi »

Tout a fini dans une déflagration. Samedi, la société SpaceX a testé pour la deuxième fois sa fusée géante Starship, très attendue par la Nasa pour passer à une nouvelle génération de missions dans l’espace. Mais six mois après un premier vol qui s’était déjà terminé dans un gros « boum », aucun des deux étages de la fusée n’a pu être récupéré, contrairement à ce que prévoit le cahier des charges. Toutefois, les deux parties de la fusée se sont correctement détachées, et le module Starship a bien atteint l’espace.


Alors, que s’est-il passé exactement durant ce vol de huit minutes ? Peut-on vraiment parler d’un échec ? Est-ce que cela remet en cause la mission lunaire Artemis III, prévue pour 2025 ? 20 Minutes fait le point avec Chloé Carrière, ingénieure en aérospatiale diplômée de l'EPFL et engagée dans la vulgarisation scientifique.


Que s’est-il passé lors de ce deuxième vol-test ?


Presque six mois jour pour jour après le premier vol de Starship, qui s’était désintégré, une nouvelle version de « la plus grande fusée jamais construite » était parée, samedi à Boca Chica, au sud du Texas. « C’est une fusée monstrueuse, un défi technologique » à faire décoller, expose Chloé Carrière. Et tout semblait bien parti. Les 33 moteurs de l’étage de propulsion, appelé SuperHeavy, sont restés allumés, là où « lors du premier test, certains moteurs s’étaient éteints ». A 14h03, les 7.600 tonnes de poussée des moteurs faisaient décoller l’engin de 121 mètres de haut.


Quelques minutes plus tard, SuperHeavy et le module Starship se détachaient correctement à environ 75 kilomètres d’altitude. C’est ensuite que les choses se sont gâtées. « La partie booster n’a pas réussi à revenir se poser, ce n’est pas encore très clair si c’était prévu ou non », commence Chloé Carrière. Connue pour ses lanceurs réutilisables Falcon 9, SpaceX aura sans doute à cœur de réemployer l’énorme et coûteuse SuperHeavy, qui a explosé au cours de sa descente. Enfin, « après 8 minutes, on a perdu le contact avec Starship », sur un vol programmé de 90 minutes. Le module, brièvement passé dans l’espace, « devait redescendre du côté de Hawaïi ». Il a finalement explosé à son tour.


Une double-explosion pour un deuxième lancer, peut-on parler d’un échec pour SpaceX ?


Forcément, pour la société du milliardaire Elon Musk, terminer ce test avec des débris carbonisés ne renvoie pas un signal de confiance. Pourtant, ce deuxième vol est loin d’être négatif. « Pour emprunter le terme anglais successful failure, disons qu’on est sur un échec réussi », image Chloé Carrière. « On n’a pas réussi l’objectif final de faire reposer le premier étage et suivre la trajectoire suborbitale jusqu'à la ré-entrée dans l'atmosphère, mais il y a eu énormément de progrès et de nombreux autres objectifs atteints».


Outre le bon allumage des moteurs, « la plateforme de lancement est restée intacte » a priori, alors qu’elle avait subi de gros dégâts il y a six mois. « Deux autres objectifs majeurs ont été atteints », souligne l’ingénieure en aérospatial : « le moment critique où le maximum de contraintes sur la structure » a été atteint et franchi, et la séparation des deux étages s’est bien passée. Bien loin des multiples anomalies qui avaient conduit la première fusée à une trajectoire erratique à quelques kilomètres d’altitude. D’ailleurs, en parlant hauteurs, « le module Starship a atteint l’espace en franchissant la ligne de Karman », précise Cholé Carrière.


La fusée Starship est attendue pour la mission lunaire Artemis III, prévue en 2025. Cette deuxième explosion peut-elle retarder le projet ?


Autant de points positifs qui ont notamment réjoui Thomas Pesquet, l’astronaute français, qui espère bientôt prendre place à bord de la fusée pour une mission lunaire. Car avec Starship, SpaceX voit loin. L’entreprise « veut transporter jusqu’à 100 personnes sur Mars à long terme », rappelle Chloé Carrière. D’ici là, la fusée aura déjà du travail sur la mise en orbite de satellites, mais aussi sur les missions lunaires que veut relancer la Nasa. La première d’entre elles, Artémis III, est prévue pour 2025. A deux ans du terme, voir le module exploser peut soulever des doutes. Mais « dire que ça risque de retarder la mission, c’est simplifier les choses », rassure l’ingénieure installée en Suisse.


« Beaucoup d’autres technologies clés restent aussi à développer et ont du retard », pointe-t-elle. En effet, outre la Nasa et SpaceX, le Japon ou encore l’ESA participent au projet, et tout le monde n’est pas dans les temps, comme souvent avec ce genre de projets. « Starship ne sera sûrement pas la dernière technologie prête », avance Chloé Carrière, qui salue le « processus d’expérimentation » de SpaceX, permettant de rectifier la trajectoire du projet au fur et à mesure plutôt que de lui attribuer directement « un budget énorme et un délai à tenir ». « Il ne faut pas s’arrêter à cette explosion, dans l’échec on apprend », appuie-t-elle, voulant retenir un test « peut-être pas entièrement nominal par rapport à ce qui était planifié mais quand même impressionnant » vu ses avancées.


Source: 20minutes

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