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Présidentielle américaine 2024 : Donald Trump jugé « inapte » dans le Colorado et le Maine, ça change quoi ?

L’ex- président des Etats-Unis Donald Trump a été jugé inéligible à la présidence par un deuxième Etat américain, le Maine, ce jeudi



Après le Colorado il y a une semaine, c’est au tour du Maine d’annoncer que Donald Trump ne figurerait pas sur les bulletins de la primaire républicaine en vue de la présidentielle de 2024. Un coup dur pour l’ex-président des Etats-Unis, en pole position pour l’investiture républicaine à la présidentielle de novembre. A onze mois du scrutin, ce nouveau rebondissement à l’américaine pourrait faire basculer la politique du pays. Reste que même si le retrait de son nom des listes électorales locales de la primaire républicaine a été ordonné, Donald Trump n’a pas dit son dernier mot. 20 Minutes fait le point sur ce que Philippe Berry, son correspondant aux Etats-Unis, nomme un « coup de tonnerre constitutionnel ».


Pourquoi le Maine a-t-il pris cette décision ?


Selon l’Etat américain, Donald Trump n’est « pas apte à la fonction de président ». Pour justifier sa décision, le Maine cite dans un document officiel le 14e amendement de la Constitution (texte de 1868 adopté après la guerre de Sécession) qui exclut de toute responsabilité publique les personnes s’étant livrées à des actes « d’insurrection ». « Je n’arrive pas à cette conclusion à la légère », a confié dans ce document la secrétaire démocrate de l’Etat, Shenna Bellows. Celle qui est chargée de l’organisation des élections estime ainsi que l’assaut du Capitole, siège du Congrès américain, a été commis « sur ordre, en toute connaissance et avec le soutien du président sortant ».


C’est quoi cette histoire d’actes « d’insurrection » ?


Pour mieux comprendre les décisions des deux Etats américains, il est effectivement utile de rappeler que le 6 janvier 2021, des centaines de partisans de Donald Trump avaient violemment pris d’assaut le Capitole, sanctuaire de la démocratie américaine, pour tenter d’y empêcher la certification de la victoire de son adversaire démocrate Joe Biden. L’ex-président a été inculpé le 1er août au niveau fédéral puis le 14 août par l’Etat de Géorgie, accusé d’avoir tenté d’obtenir l’inversion des résultats de l’élection de 2020. Et Donald Trump et ses plus fervents partisans contestent toujours, sans preuve, les résultats de l’élection de 2020.


Rappelons aussi que, dans le Colorado, tout est parti du recours du groupe de citoyens anticorruption Crew. Selon eux, Donald Trump était inéligible en vertu du 14e amendement de la Constitution des Etats-Unis. Le recours a fait son chemin jusqu’à la Cour suprême du Colorado. Par quatre voix contre trois, les sept juges – tous nommés par un gouverneur démocrate – ont conclu que Donald Trump avait bien participé à une insurrection en incitant ses supporteurs à se rendre au Capitole dans le but « d’empêcher la certification » de la victoire de Joe Biden le 6 janvier 2021. Et que la fonction présidentielle, même si elle n’est pas citée nommément, est bien couverte par le 14e amendement. La 3e section, pour être précis. Par conséquent, Donald Trump est inéligible et ne peut pas être inscrit sur les listes électorales de la primaire.


Comment Donald Trump a-t-il réagi ?


L’ancien président des Etats-Unis a rapidement condamné la décision du Maine, prise selon lui par « une gauchiste radicale », « ardente partisane » de Joe Biden. « Nous assistons en direct à une tentative de vol d’une élection et à la privation du droit de vote de l’électeur américain », a encore dénoncé Donald Trump via son équipe de campagne.


Le porte-parole de Donald Trump a, lui, annoncé, dans la foulée, la volonté de l’homme d’affaires de contester en justice la décision. Cette dernière pourrait faire l’objet d’un recours final devant la Cour suprême des Etats-Unis.


Que va-t-il se passer ?


La décision du Maine, comme celle du Colorado, où Donald Trump s’était incliné de 13 points face à Joe Biden en 2020, ne porte à ce stade que sur les primaires républicaines tenues dans les deux Etats, prévues le 5 mars prochain parmi une quinzaine d’Etats, lors du « Super Tuesday ».


Le milliardaire républicain avait cependant remporté en 2020 l’un des grands électeurs (chargés d’élire le président et le vice-président américain) du Maine, et la décision de Shenna Bellows, si elle est effectivement appliquée, serait donc porteuse de lourdes conséquences en cas de présidentielle serrée. Reste que Shenna Bellows a précisé, ce jeudi, que sa décision serait « suspendue » en cas de contestation judiciaire de Donald Trump (ce qui ne va donc pas manquer de se produire).


De son côté, la justice du Colorado a suspendu sa décision jusqu’au 4 janvier, veille de la date limite pour finaliser les listes des primaires. Si la Cour suprême des Etats-Unis accepte de se saisir du dossier d’ici là, la suspension sera prolongée jusqu’à une décision finale. Cela signifie que Donald Trump devrait logiquement rester sur les listes de la primaire républicaine lors du « Super Tuesday ».


Alors une dernière question se pose : la Cour suprême des Etats-Unis laissera-t-elle des Etats disqualifier Donald Trump ? « L’équilibre des forces est loin d’être le même que dans le Colorado. Les conservateurs disposent d’une large majorité (6-3), avec trois juges nommés par Donald Trump », avance notre correspondant aux Etats-Unis. Et pour plus de détails sur le rôle de la Cour suprême, c’est par ici :


D’autres Etats peuvent-ils juger Donald Trump « inapte » ?


Dans leur décision enjoignant aux autorités électorales de retirer le nom de Donald Trump des bulletins pour les primaires républicaines en 2024, les juges du Colorado avaient dit être « conscients d’avancer en terre inconnue ». Et le parti républicain du Colorado a demandé mercredi à la Cour suprême des États-Unis de réexaminer cette décision, ce qui pourrait permettre de trancher le sujet dans tous les Etats où des procédures similaires ont été initiées.


Car le Colorado et le Maine ne sont pas les seuls Etats où la candidature de Donald Trump est menacée : des recours similaires ont été déposés dans une vingtaine d’Etats pour barrer la route au grand favori des primaires républicaines. Le Michigan et le Minnesota les ont rejetées. Quant à la suppléante du gouverneur de Californie, elle a demandé au secrétaire d’Etat « d’examiner les options juridiques » pour retirer Donald Trump des primaires.


Que disent les soutiens (ou pas) de Donald Trump ?


« Les électeurs du Maine devraient pouvoir décider de qui gagne l’élection, pas la secrétaire d’Etat », a fustigé sur X Susan Collins, la sénatrice républicaine du Maine, appelant à « annuler » cette décision. Comme elle, de nombreux élus républicains ont condamné cette nouvelle décision d’inéligibilité. « Les démocrates aiment tellement la ''démocratie'' qu’ils sont prêts à tout faire pour empêcher les électeurs de voter contre leur opposant », a accusé le sénateur texan Ted Cruz.


« Cela ouvre la boîte de Pandore. Un secrétaire d’Etat républicain pourrait-il disqualifier Biden pour l’élection ? Car il a laissé huit millions de personnes entrer illégalement », a également abondé sur X le gouverneur de Floride Ron DeSantis et rival de Trump pour la primaire républicaine, évoquant la crise migratoire à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique. Côté démocrate, Jared Golden, élu du Maine à la Chambre des représentants, a lui aussi critiqué cette décision : « nous sommes une nation de droits, et donc, tant qu’il n’est pas reconnu coupable, il devrait être autorisé dans le scrutin. »

L’actuel président et prochain candidat démocrate, sauf surprise, à l’élection de 2024 Joe Biden avait, lui, déjà réagi à la décision du Colorado en jugeant que Donald Trump avait « assurément soutenu une insurrection » : « il n’y a aucun doute là-dessus, aucun. »


Source: 20minutes


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